Alors que l’Australie a ratifié le protocole de Kyoto au premier jour de la conférence sur le climat, l’Allemagne a annoncé mercredi une série d’engagements visant à réduire de 40% ses émissions de CO2 d’ici 2020 par rapport à 1990. Profitant également de cet événement mondial, un groupe de sénateurs américains a présenté un projet de loi exigeant que les États-Unis réduisent leurs émissions de 70 % d’ici 2050.A l’ouverture de la conférence internationale sur le climat, le nouveau premier ministre australien, Kevin Rudd, a marqué un tournant dans la politique climatique australienne. En ratifiant le jour même de sa prise de fonctions le protocole de Kyoto, le leader travailliste s’oppose désormais à la position américaine, que l’Australie avait toujours soutenue jusqu’ici. Plusieurs membres de la délégation australienne ont par ailleurs fait savoir qu’ils étaient favorables aux recommandations du GIEC préconisant une réduction de 25 à 40% des émissions de GES des pays industrialisés d’ici 2020. Cette ratification isole encore davantage les Etats-Unis, désormais seul pays développé à ne pas avoir ratifié le protocole. Pour autant, le chef de la délégation américaine à Bali a aussitôt déclaré que la position des Etats-Unis restait « inchangée », y compris face à la récente initiative du Sénat américain. Une commission a en effet présenté le 5 décembre un projet de loi visant à réduire de 70% les émissions du pays d’ici 2050. Le texte n’a certes aucune chance d’être adopté, mais il permet aux élus américains de faire entendre une autre voix à Bali. Parallèlement à cette annonce, l’ONG américaine National Environment Trust a rappelé que le Texas (Etat de Georges W. Bush) émettait à lui seul plus de CO2 que 116 pays en développement totalisant plus d’un milliard d’individus. Selon l’étude de l’ONG, le Wyoming, Etat américain le moins peuplé avec 510 000 habitants, émet plus de CO2 que 69 pays en développement réunis, totalisant 357 millions de personnes.
L’Allemagne veut montrer l’exemple
Après l’annonce australienne, le gouvernement allemand a également profité du sommet pour annoncer des engagements visant à réduire de 40% ses émissions de GES d’ici 2020 par rapport à 1990. Cet objectif dépasse celui de l’Union européenne, qui s’est engagée sur une réduction de 20%, voire 30% si d’autres pays développés prenaient des engagements. Mercredi 5 décembre, le conseil des ministres allemand a ainsi approuvé un programme comprenant 14 projets de loi et décrets, financé à hauteur de 2,6 milliards d’euros.
Ce programme s’appuie en grande partie sur le développement des énergies renouvelables, avec pour objectif qu’elles représentent 25 à 30% de la production d’électricité d’ici 2020, contre 13% actuellement. La hausse des coûts entraînée par ce dispositif sera financée par une enveloppe de 500 millions d’euros par an dès 2009 pour le bâtiment ancien. Le secteur de l’habitat est en effet au cœur du dispositif allemand, qui subventionnera la rénovation des bâtiments anciens et la construction de logements neufs sur des critères écologiques. Concernant les transports, une taxe sera imposée sur les véhicules en fonction de leurs émissions. L’Institut de recherche allemand Fraunhofer estime les coûts des investissements cumulés jusqu’en 2020 à 31 milliards d’euros, contre 36 milliards d’euros d’économies d’énergie réalisées. Selon le gouvernement, ces investissements devraient permettre de créer des emplois dans le bâtiment et doubler leur nombre à 400 000 dans le secteur des énergies renouvelables.
Ces annonces cachent mal, cependant, l’échec relatif du protocole de Kyoto sur l’ensemble des pays industrialisés. Seize d’entre eux ne respectent pas les engagements pris. Le Japon et le Canada, notamment, font l’objet de vives critiques à Bali. Les deux pays ont ratifié Kyoto mais n’atteindront pas les objectifs prévus par le protocole. Le Premier ministre canadien Stephen Harper est accusé par les ONG de mener une « campagne de désinformation et de sabotage concernant le protocole de Kyoto ». Pour respecter son engagement, le pays devait d’ici 2012, réduire ses émissions de 6% par rapport à 1990. Elles ont au contraire augmenté de 25,7%. Le premier ministre se réfugie derrière le fait que les grands pays émergents n’ont pas d’objectifs de réduction des GES. « Contrairement à ce que dit Stephen Harper, les grands émetteurs ne sont pas les habitants des pays du sud. Chaque canadien produit en moyenne 20 tonnes de CO2 par an, comparativement à 3,84 tonnes pour la Chine et 1,2 tonnes pour l’Inde », rétorque Greenpeace Canada.
(Source : Novethic)
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